Les 7 erreurs des DRH face à un conflit d’équipe (et comment les éviter)

📅 Publié le 18 mai 2026 ⏱️ Lecture 13 min ✍️ Par
En bref

Selon le baromètre OPP 2022 sur les conflits au travail, un manager français consacre en moyenne 1,8 heure par semaine à gérer des conflits d’équipe ; en cabinet RH, ce chiffre monte à 4,2 heures.

La fonction RH est souvent appelée trop tard, sur des conflits où les positions sont déjà figées. À ce stade, sept réflexes naturels aggravent ce qu’ils étaient censés résoudre.

Cet article identifie ces 7 erreurs DRH (toutes observées en accompagnement réel), les méthodes éprouvées pour les éviter (CNV, médiation Glasl, cadre HALDE) et le cadre légal qui protège votre intervention. Pour aller plus loin, voyez aussi notre guide pour désamorcer un conflit d’équipe sans rapport de force.

Pourquoi le DRH est appelé trop tard

Dans 8 cas sur 10, la fonction RH découvre un conflit d’équipe à la phase où les positions sont déjà cristallisées. Pas par négligence : par désignation tardive du problème par le management de proximité.

Selon une enquête de l’ANDRH (Association Nationale des DRH) publiée en 2023, plus de 70 % des DRH déclarent intervenir sur des conflits d’équipe en phase déjà « dégradée ». La cause : le manager de proximité minimise pendant des semaines, espérant que « ça passe », jusqu’à ce que les indicateurs (absentéisme, turn-over, alertes anoñymes) deviennent ingerables.

Définition

Conflit d’équipe : opposition durable entre deux personnes ou plus au sein d’une équipe, portant sur des objectifs, des méthodes, des valeurs ou des relations interpersonnelles. Selon le modèle de Friedrich Glasl (1980), un conflit traverse 9 phases dans une logique d’escalade ; les phases 1-3 sont résolvables en interne, les phases 4-6 demandent un tiers, les phases 7-9 produisent une perte pour les deux parties.

Les 4 signaux RH d’un conflit en préparation

  • Hausse de l’absentéisme courte durée sur un périmètre ciblé (1-3 jours, plus fréquents les lundis et vendredis).
  • Silences systématiques en réunion d’équipe dans certaines configurations (par exemple, deux personnes qui ne s’expriment plus quand l’autre parle).
  • Micro-plaintes RH répétitives sur un même périmètre, même si chacune paraît bénigne (« elle ne me dit plus bonjour », « il me critique en aparte »).
  • Demandes de mobilité interne plus fréquentes que la moyenne sur le périmètre concerné.

Erreur 1 : minimiser « c’est juste un désaccord »

Distinguer un désaccord ordinaire d’un conflit en escalade est la première compétence du DRH. Les confondre fait perdre 6 à 12 semaines, période pendant laquelle le conflit passe en phase 4 ou 5 du modèle Glasl, donc en zone où la médiation interne ne suffit plus.

Le désaccord porte sur le contenu, le conflit porte sur la relation. Quand un·e collaborateur·trice dit « je ne suis pas d’accord avec sa méthode », on est dans le désaccord. Quand iel dit « on ne peut pas travailler avec elle », on est déjà dans le conflit. La différence est mince à l’oreille, immense dans les conséquences.

Comment éviter cette erreur

Au moindre signal RH (cf. supra), demander un entretien individuel confidentiel de 30 minutes à chaque personne du périmètre concerné. Question d’ouverture neutre : « Comment ça se passe dans l’équipe en ce moment ? ». Écouter sans interpréter. La répétition de noms ou de situations spécifiques par plusieurs personnes signe le conflit.


Erreur 2 : prendre parti trop vite

Le DRH qui reçoit la première plainte est exposé au biais de première information : ce qu’il entend en premier influence démesurément sa lecture de la situation. Les recherches en psychologie sociale (effet de préséance) montrent que ce biais opère même chez les professionnels expérimentés.

Résultat : la deuxième partie au conflit, quand elle est entendue, perçoit immédiatement que le DRH « a déjà son idée ». La confiance s’effondre, la médiation devient impossible.

Comment éviter cette erreur

Avant tout entretien, formuler explicitement l’engagement d’impartialité : « Je vais entendre toutes les parties prenantes avant de me faire une opinion. Je n’arrive avec aucun préjugé. » Tenir cet engagement même quand la première version semble convaincante.

« Le piège le plus fréquent du médiateur débutant n’est pas la difficulté du conflit, c’est sa propre tendance à prendre parti pour celui ou celle qui parle bien et le premier. »

Jean-François Six, fondateur du Centre national de la médiation, professeur à l’Institut Catholique de Paris, 2002. Source CNAM.

Erreur 3 : convoquer en réunion de médiation sans préparation

Le réflexe naturel du DRH pressé : réunir les deux parties en réunion et « mettre les choses à plat ». C’est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Sans préparation individuelle préalable, la réunion de médiation se transforme en procès public ; chacun fige sa position devant témoin.

Comment éviter cette erreur

Toujours suivre le protocole en 4 étapes : (1) entretien individuel de 60-90 minutes avec chaque partie, (2) restitution synthétique au commanditaire (manager ou direction), (3) propositions de cadre de médiation acceptées par les deux parties avant la rencontre, (4) réunion conjointe encadrée avec règles claires (temps de parole égaux, pas d’interruption, focus sur les faits et les besoins). Cette méthodologie est systématiquement enseignée dans les formations AFM (Association des Médiateurs).


Erreur 4 : confondre médiation et arbitrage

La médiation cherche un accord co-construit ; l’arbitrage rend une décision à la place des parties. Confondre les deux détruit la solidité de la solution. Quand le DRH « tranche » à la place des parties, l’accord ne tient pas : la partie lésée renégocie en sous-main, ou prépare une sortie.

Quand médier, quand arbitrer

Médiation : conflit interpersonnel, deux parties de même niveau hiérarchique, sujet susceptible d’accord. Arbitrage : violation d’un cadre (procédure, code de conduite), urgence opérationnelle, asymétrie hiérarchique majeure rendant la médiation inéquitable.

SituationMédiationArbitrage
Conflit interpersonnel même niveauOuiNon
Désaccord sur une méthodeOuiNon sauf urgence
Suspicion de harcèlementNonEnquête puis décision
Violation du règlement intérieurNonOui
Conflit d’autorité hiérarchiqueDifficileDécision N+2

Sources : AFM, Guide du médiateur, 2022 ; Ministère du Travail, Santé au travail.

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Erreur 5 : ignorer la dimension émotionnelle

Un conflit d’équipe se nourrit de besoins relationnels insatisfaits : reconnaissance, respect, équité perçue, autonomie. Traiter le conflit uniquement sur le terrain logique (« voici les faits, voici la décision ») laisse intacte la dimension émotionnelle qui le faisait tenir.

Selon les travaux de Marshall Rosenberg sur la Communication NonViolente (CNV), tout conflit cache un besoin non-formulé. Le travail du médiateur consiste précisément à aider chaque partie à identifier puis à exprimer ce besoin, sans en faire le procès de l’autre.

La grille des 4 niveaux émotionnels en médiation

  1. Niveau émotion — ce que je ressens : colère, peur, tristesse, dégoût.
  2. Niveau besoin — ce qui se cache derrière : reconnaissance, sécurité, équité, sens.
  3. Niveau demande — ce que je propose pour combler ce besoin (négociable).
  4. Niveau accord — ce que les deux parties s’engagent à faire.

L’erreur classique du DRH non formé est de sauter directement du niveau 1 au niveau 4. La médiation passe impérativement par les niveaux 2 et 3.


Erreur 6 : se passer du cadre légal et de la traçabilité

Un conflit non-documenté expose juridiquement l’employeur. L’article L.4121-1 du Code du travail oblige à prouver les actions de prévention engagées face aux risques psychosociaux.

L’article L.1152-1 du Code du travail qualifie de harcèlement moral les agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé mentale ou à l’avenir professionnel d’un·e salarié·e. La Défenseure des droits publie régulièrement les critères de qualification — nécessité de la répétition, altération objective des conditions de travail, lien causal.

Que documenter systématiquement

  • Date de signalement, source, nature de la plainte (faits, ressenti, demande).
  • Démarche d’investigation : entretiens menés, dates, anonymisation.
  • Cadre de médiation proposé, accepté ou refusé par les parties.
  • Engagements pris, si conclusion par accord.
  • Suites données : sanction éventuelle, mobilité, accompagnement.
À savoir

La CNIL rappelle que les notes RH sur les conflits constituent des données personnelles soumises au RGPD : conservation limitée à la durée nécessaire (5 ans pour la prescription civile en matière d’exécution du contrat de travail), accès strict, journalisation des consultations.


Erreur 7 : croire que la mobilité résout tout

Déplacer l’un·e des protagonistes vers une autre équipe est tentant : le symptôme disparaît, le DRH a résolu « vite ». Sauf que dans la moitié des cas, le même profil reproduit le même conflit dans la nouvelle équipe ; et que la dynamique d’équipe d’origine reste inchangée.

La mobilité est une réponse légitime quand : (1) la médiation a échoué ou n’était pas acceptée, (2) le conflit est en phase 7-9 (escalade irréversible), (3) la cohabitation présente un risque psychosocial réel. Hors de ces cas, c’est un échec déguisé en résolution.

L’alternative : le coaching d’équipe post-conflit

Après un conflit avec ou sans médiation, l’équipe garde des cicatrices. Un coaching d’équipe sur 3 à 6 mois, animé par un intervenant externe, permet de retraiter ce qui n’a pas été dit, de reposer les règles de fonctionnement, d’enseigner la qualité du désaccord. Ce format est considérablement moins coûteux qu’une mobilité forcée suivie d’un recrutement.


Le modèle Glasl : quand basculer en médiation externe

Le modèle des 9 phases de Friedrich Glasl est la grille de référence pour qualifier le degré d’escalade d’un conflit et décider du niveau d’intervention adapté.

NiveauPhasesCaractéristiqueIntervention adaptée
Win-Win1 à 3 (durcissement, polarisation, actions)Encore résolvable avec bénéfice mutuel.Médiation interne RH ou manager formé.
Win-Lose4 à 6 (images stéréotypées, perte de face, menaces)L’enjeu devient de « gagner » sur l’autre.Médiation externe par tiers neutre certifié.
Lose-Lose7 à 9 (coups limités, éclatement, abîmes ensemble)Destruction mutuelle acceptée.Séparation, réorganisation, accompagnement individuel.

Sources : Glasl F., Konfliktmanagement, 1980, 11e édition 2021 ; Centre national de la médiation, formation continue.

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FAQ

Quand un DRH doit-il intervenir dans un conflit d’équipe ?

Dès qu’il y a alerte d’un manager direct, plainte d’un·e salarié·e, ou que des indicateurs RH (absentéisme, turn-over, demandes de mobilité, arrêts répétés) signalent une dégradation. Selon le modèle Glasl, intervenir aux phases 1 à 3 est encore résolvable en interne ; au-delà, médiation externe par un tiers neutre certifié (AFM, CNAM).

Comment qualifier un conflit de harcèlement ?

Article L.1152-1 du Code du travail : agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité, à altérer la santé mentale ou à compromettre l’avenir professionnel. La répétition est clé : un épisode unique n’est pas un harcèlement, même s’il est grave.

Quelle différence entre médiation interne et externe ?

Le DRH peut animer une médiation interne sur des conflits de phase 1-3 (Glasl). Au-delà, ou s’il est lui-même partie prenante, la médiation externe par un tiers neutre certifié (AFM, CNAM) est obligatoire pour préserver l’impartialité et la confiance des parties dans le processus.

Combien de temps prend la résolution d’un conflit complexe ?

Un conflit en phase 1-3 se résout en 2 à 6 semaines avec médiation. Phases 4-6 : 2 à 4 mois, avec médiation externe et parfois coaching d’équipe post-conflit. Phases 7-9 : la résolution sans séparation devient improbable et nécessite souvent une réorganisation, une mobilité ou un accompagnement individuel des parties.

Le DRH doit-il associer le manager direct ?

Oui, sauf si le manager direct est partie prenante du conflit. Dans ce cas, intervention DRH directe avec ou sans son supérieur N+2, et médiation externe immédiate. Associer le manager directement responsable au sens hiérarchique est important pour la légitimité des suites opérationnelles.

Quels indicateurs RH détectent un conflit en préparation ?

Quatre signaux : (1) hausse de l’absentéisme courte durée sur un périmètre ciblé, (2) silences systématiques en réunion d’équipe entre certains membres, (3) micro-plaintes RH répétitives sur le même périmètre, (4) demandes de mobilité interne plus fréquentes que la moyenne. Ces 4 indicateurs combinés sont plus fiables qu’un signalement isolé.

Doit-on protéger les notes RH sous RGPD ?

Oui. Les notes RH sur les conflits constituent des données personnelles sensibles. La CNIL recommande conservation limitée à 5 ans (prescription civile contrat de travail), accès strict, journalisation des consultations, et information des personnes concernées de l’existence et du droit d’accès.

Carole Bourdeau

Formatrice, consultante et conférencière en intelligence émotionnelle · 21 ans d’expérience · +10 000 personnes accompagnées

Carole Bourdeau accompagne depuis 2005 les équipes des grandes organisations (Airbus, Orange, MAIF, Groupe Barrière, Région Pays de la Loire, Nantes Métropole, MNT, Manitou, Harmonie Habitat, SOS Médecins) sur les sujets de santé mentale au travail, régulation émotionnelle, communication non-violente et cohésion d’équipe. Formatrice titulaire du titre d’État FPA, certifiée QUALIOPI (en partenariat avec Indé Bien Payé), praticienne EMDR et sophrologue RNCP. Auteure de deux livres aux éditions Guy Trédaniel, conférencière (Palais des Congrès de Tours) et chroniqueuse à Télénantes.

Table des matières

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