La dépression et l’anxiété font perdre 12 milliards de journées de travail par an dans le monde, soit 1 000 milliards de dollars de productivité, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Le 10 octobre, beaucoup d’entreprises marqueront la Journée mondiale de la santé mentale par une affiche, un webinaire et une corbeille de fruits. Le lendemain, rien n’aura changé, et les salariés le savent avant même que l’affiche soit posée.
Cet article vous donne ce qui se passe réellement en octobre 2026, pourquoi la plupart des actions produisent l’effet inverse de celui recherché, 7 actions qui tiennent après le 11 octobre et 3 indicateurs pour vérifier à 90 jours, utile si vous êtes DRH, dirigeant, membre du CSE ou responsable QVCT. Pour aller plus loin : les chiffres-clés 2026 de la santé mentale au travail en France.
Ce qui se passe réellement en octobre 2026
Deux rendez-vous se superposent en France : la Journée mondiale de la santé mentale le samedi 10 octobre, et les Semaines d’information sur la santé mentale du 5 au 18 octobre. Le second est le plus utile pour une entreprise, parce qu’il ouvre une fenêtre de deux semaines au lieu d’une seule journée.
La Journée mondiale existe depuis 1992 à l’initiative de la Fédération mondiale pour la santé mentale, et elle est coordonnée par l’Organisation mondiale de la santé. Le thème retenu pour 2026 est « Lived experiences heard: real voices, real change », que l’on peut traduire par « des vécus entendus : de vraies voix, de vrais changements », et il est présenté sur le site officiel de la campagne. Le thème porte donc précisément sur la parole des personnes concernées, et non sur les dispositifs mis en place pour elles.
Côté français, les Semaines d’information sur la santé mentale, dont le secrétariat général est assuré par le Psycom, se tiennent du 5 au 18 octobre 2026 autour du thème « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ». Les agences régionales de santé accompagnent des projets sur ce cadre, comme le détaille l’ARS Île-de-France.
Santé mentale : selon l’Organisation mondiale de la santé, état de bien-être qui permet à une personne de faire face aux difficultés normales de la vie, de réaliser ses capacités, d’apprendre et de travailler correctement, et de contribuer à sa communauté. Ce n’est donc pas l’absence de trouble, mais une capacité à fonctionner, ce qui change complètement le périmètre d’action d’un employeur.
Ces deux rendez-vous s’inscrivent dans un contexte national précis : la santé mentale a été désignée Grande cause nationale en 2025, sous le label « Parlons santé mentale ! », et le gouvernement a prolongé ce statut pour 2026. Le bilan de la première année fait état de plus de 3 000 événements organisés et de plus de 900 actions labellisées, comme le rapporte la revue Santé mentale. Le cadre de la démarche est présenté par le ministère du Travail et des Solidarités.
« L’Unafam attend de la prolongation de la Grande Cause nationale en 2026 que le gouvernement se saisisse vraiment de ce sujet. »
Emmanuelle Rémond, présidente de l’Unafam, novembre 2025. Source.
Cette réserve, exprimée par une association de familles, vaut mot pour mot en entreprise. Le label ne fait pas l’action, et la multiplication des événements ne dit rien de ce qu’ils changent. C’est exactement le sujet de cet article.
Le calendrier de 2026 a une particularité : le 10 octobre tombe un samedi. Une entreprise qui prévoit son action ce jour-là ne touchera personne. La bonne fenêtre est donc la semaine du 5 au 9, ou celle du 12 au 16, qui restent dans le cadre des Semaines d’information.
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Pourquoi la plupart des actions du 10 octobre échouent
Une action ponctuelle sur la santé mentale, dans une organisation qui ne change rien le reste de l’année, est lue comme un aveu et non comme un engagement. Trois mécanismes expliquent ce retournement.
L’écart entre le discours et le vécu. Une conférence sur le bien-être dans une équipe en surcharge chronique produit un effet mesurable, mais négatif : elle démontre que la direction connaît le sujet et choisit de traiter le symptôme. Le message reçu n’est pas « on s’occupe de vous », c’est « on sait, et on ne change rien ».
La responsabilisation individuelle. Un atelier de gestion du stress, une séance de sophrologie ou une application de méditation placent implicitement la charge de l’adaptation sur le salarié. Or l’intensité et le temps de travail, le manque d’autonomie ou les rapports sociaux dégradés sont des facteurs organisationnels, recensés comme tels par l’INRS. Aucune technique individuelle ne compense un facteur collectif.
L’absence de suite. Le 11 octobre, l’affiche reste au mur et plus personne n’en parle. Ce silence enseigne à l’équipe que le sujet était une case à cocher. La prochaine initiative, même excellente, partira avec ce passif.
« Au lieu de se limiter aux mercis et aux bravos, des gestes faciles et superficiels qui finissent par perdre toute signification avec le temps, le simple fait de prendre des nouvelles de son employé sera très apprécié. »
Jean-Pierre Brun, professeur de management, fondateur de la Chaire en gestion de la santé organisationnelle et de la sécurité du travail, Université Laval. Source.
Une action de sensibilisation n’a de valeur juridique que si elle est tracée et rattachée à une démarche de prévention. Isolée, elle ne constitue pas une mesure au sens de l’article L.4121-1 du Code du travail. Inscrite dans le DUERP avec une évaluation et une suite, elle en devient une. Le détail de ce raisonnement figure dans ce que le Code du travail impose vraiment à l’employeur.
Les 7 actions qui tiennent après le 11 octobre
Ces sept actions ont un point commun : elles produisent un effet observable au delà du mois d’octobre, et aucune ne demande de budget considérable.
Action 1 : Faire parler ceux qui ont vécu, pas ceux qui expliquent
C’est exactement le thème 2026 de la Journée mondiale. Un témoignage interne, préparé et volontaire, d’une personne revenue d’un arrêt long ou d’un épisode difficile change davantage le regard collectif que trois heures de conférence experte. Condition non négociable : la personne choisit ce qu’elle dit, elle peut se retirer jusqu’au dernier moment, et elle n’est jamais sollicitée par son propre manager.
Action 2 : Publier ce que l’entreprise ne sait pas encore régler
Présenter en réunion générale les deux ou trois irritants remontés dans l’année qui n’ont pas trouvé de solution, en disant pourquoi. C’est l’action la plus inconfortable et la plus crédibilisante de cette liste : elle prouve que le sujet est traité pour de vrai, y compris quand cela ne flatte pas la direction.
Action 3 : Ouvrir un temps de parole animé par un tiers
Un format de 90 minutes par équipe exposée, animé par une personne extérieure à la ligne hiérarchique, avec une règle de non-jugement posée et tenue. Le tiers n’est pas un confort : il est ce qui rend la parole possible quand les arbitrages contestés viennent du manager présent dans la pièce.
Action 4 : Former les managers au repérage, et leur donner un mandat
Former sans mandater produit de la culpabilité. Une formation au repérage doit s’accompagner d’une réponse claire à la question : quand j’ai repéré quelque chose, à qui je le dis, et de quoi je dispose ? Sans ce circuit, l’encadrant identifie un signal et reste seul avec.
Action 5 : Auditer le taux de recours des dispositifs existants
Ligne d’écoute, référent harcèlement, service de prévention et de santé au travail. Un dispositif à moins de 5 % de recours n’est pas utilisé, et la question à poser n’est pas « comment mieux le communiquer » mais « qu’est-ce qui rend son usage coûteux ». La réponse est presque toujours la peur d’être identifié.
Action 6 : Reprendre le volet psychosocial du DUERP, unité par unité
Une demi-journée suffit à repérer si votre évaluation des risques psychosociaux tient en une ligne globale ou si elle distingue réellement les six familles de facteurs par unité de travail. C’est l’action la moins visible et la plus structurante, et elle s’inscrit directement dans les orientations du Plan Santé au Travail 2026-2030.
Action 7 : Prendre un engagement daté, et un seul
Un engagement public, précis, avec un responsable et une échéance avant Noël. Un seul. Une entreprise qui annonce huit chantiers le 10 octobre n’en tiendra aucun, et son équipe le sait déjà. Une qui en annonce un et le tient acquiert un crédit qui servira l’année suivante.
- L’action a lieu entre le 5 et le 16 octobre, pas le samedi 10
- Au moins une action porte sur l’organisation, pas seulement sur les personnes
- Un engagement daté est pris publiquement, avec un responsable nommé
- L’action est tracée dans le DUERP et présentée au CSE
- Un point de vérification est programmé en janvier
Conférence santé mentale et intelligence émotionnelle
Un format de 45 minutes à 1h30, de 30 à 500 participants, conçu pour les Semaines d’information sur la santé mentale. Ni discours médical ni injonction au bien-être : un langage commun pour nommer ce qui se joue au travail, et deux ou trois gestes concrets que chacun peut tenir. Traçable comme action d’information et de formation au sens de l’article L.4121-1.

Les 4 fausses bonnes idées
Ces quatre initiatives partent d’une bonne intention et abîment le sujet.
Fausse bonne idée 1 : Le questionnaire anonyme sans restitution
Interroger l’ensemble des salariés puis ne rien restituer est la manière la plus efficace de fermer la parole pour deux ans. Si vous n’êtes pas certain de pouvoir restituer et agir avant décembre, ne lancez pas le questionnaire en octobre.
Fausse bonne idée 2 : La séance de relaxation en pleine période de surcharge
Proposer un atelier de respiration à une équipe qui enchaîne les semaines à rallonge est reçu comme une provocation, à juste titre. L’outil n’est pas en cause, le moment l’est : ces approches ont leur place dans un dispositif durable, jamais en substitut d’un arbitrage de charge.
Fausse bonne idée 3 : Le témoignage arraché
Solliciter un salarié fragile pour témoigner parce que « ça parlera aux autres » l’expose durablement. La règle est simple : le volontariat doit être proposé collectivement et jamais individuellement par la hiérarchie, et un retrait de dernière minute doit rester sans conséquence.
Fausse bonne idée 4 : Le kit clé en main affiché sans un mot
Poster une affiche institutionnelle et un numéro vert sans qu’aucun dirigeant ne prenne la parole revient à sous-traiter le sujet. Ce que les équipes retiennent d’une action, c’est qui l’a portée. Un directeur qui dit trois phrases sincères vaut mieux qu’un kit graphique irréprochable dont personne n’assume la signature.
Comment vérifier à 90 jours que ça a servi
Trois indicateurs suffisent, et aucun ne se mesure en octobre. Ils se relèvent en janvier, ce qui suppose d’avoir noté la valeur de départ avant l’action.
| Indicateur | Ce qu’il mesure vraiment | Signal d’alerte |
|---|---|---|
| Taux de recours aux dispositifs d’écoute | Le coût perçu de demander de l’aide | Aucune évolution après une campagne de communication |
| Durée moyenne des arrêts, et non leur nombre | La précocité de la détection | Un nombre d’arrêts stable avec une durée qui s’allonge |
| Nombre d’alertes remontées par les managers | La confiance dans le circuit interne | Zéro alerte, qui signale un circuit inexistant plutôt qu’un climat sain |
Repères construits à partir des données de l’étude Malakoff Humanis 2026 et de 21 ans d’accompagnement d’organisations.
Le deuxième indicateur est le plus instructif et le moins suivi. Les arrêts de plus de 60 jours ne représentent que 9,4 % des cas mais concentrent 63,8 % des journées d’absence : suivre le nombre d’arrêts sans suivre leur durée revient à découvrir le problème une fois installé. Le même raisonnement vaut pour le retour, développé dans le protocole émotionnel du retour après un arrêt long.
Relevez vos trois valeurs de départ avant le 5 octobre, même approximativement, et notez-les dans un fichier daté. Sans point de départ, vous ne saurez jamais si l’action a servi, et vous serez condamné à en juger par le ressenti des participants le jour même, qui est le pire des indicateurs. Si vous voulez construire une action qui tienne au delà d’octobre, décrivez-moi votre situation.
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FAQ
Quelle est la date de la Journée mondiale de la santé mentale en 2026 ?
Le samedi 10 octobre 2026, comme chaque année depuis 1992. En entreprise, il faut donc décaler l’action sur la semaine du 5 au 9 ou celle du 12 au 16, qui restent couvertes par les Semaines d’information sur la santé mentale.
Quel est le thème 2026 ?
Au niveau international, la Fédération mondiale pour la santé mentale a retenu « Lived experiences heard: real voices, real change », centré sur la parole des personnes concernées. En France, les Semaines d’information sur la santé mentale portent le thème « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ».
Une PME de 30 salariés peut-elle faire quelque chose d’utile ?
Oui, et souvent mieux qu’un grand groupe, parce que la distance entre la direction et les équipes est courte. Un temps de parole animé de 90 minutes et un engagement daté valent davantage qu’un plan de communication interne, pour un coût sans commune mesure.
Le CSE peut-il être à l’initiative de l’action ?
Oui, et c’est souvent un bon vecteur, à condition que la direction s’y associe explicitement. Une action portée uniquement par le CSE, sans parole de la direction, est lue comme un rapport de force et perd une grande partie de son effet.
Faut-il faire intervenir un psychologue ou un professionnel de santé ?
Cela dépend de l’objectif. Pour du soin ou de l’accompagnement individuel, oui, via le service de prévention et de santé au travail. Pour installer un langage commun dans une équipe, une intervention orientée compétences relationnelles est plus adaptée : elle ne médicalise pas un sujet qui est d’abord organisationnel.
Comment éviter que l’action soit perçue comme du washing ?
En nommant ce qui ne va pas avant de présenter ce qui est proposé, et en prenant un engagement daté sur un point précis. Les équipes ne jugent pas la qualité de l’événement, elles jugent l’écart entre ce qui est dit ce jour-là et ce qu’elles vivent le reste de l’année.
Combien de temps à l’avance faut-il s’y prendre ?
Quatre à six semaines pour une action construite avec un intervenant extérieur, le temps de cadrer le besoin réel et d’ajuster le format. En dessous de deux semaines, on retombe mécaniquement sur du format catalogue, qui est précisément ce qui produit l’effet washing.
Carole Bourdeau
Formatrice, consultante et conférencière en intelligence émotionnelle · 21 ans d’expérience · +10 000 personnes accompagnées
J’accompagne depuis 2005 les équipes des grandes organisations (Airbus, Orange, MAIF, Groupe Barrière, Région Pays de la Loire, Nantes Métropole, MNT, Manitou, Harmonie Habitat, SOS Médecins) sur les sujets de santé mentale au travail, régulation émotionnelle, communication non-violente et cohésion d’équipe. Je suis formatrice titulaire du titre d’État FPA, certifiée QUALIOPI (en partenariat avec Indé Bien Payé), praticienne EMDR et sophrologue RNCP. Je suis l’auteure de deux livres aux éditions Guy Trédaniel, conférencière (Palais des Congrès de Tours) et chroniqueuse à Télénantes.





